Sensoriel

Avant d’aller me coincer dans le bus, je m’étais évidemment informé auprès du chauffeur. Ton autobus fait quoi dans la vie? Je me doutais bien de sa réponse. Elle va à la gare. Je ne suis pas urbaniste mais j’ai compris que les gares de train et de bus sont au centre-ville. Je sais aussi qu’il faut faire attention car les gares ne sont pas toujours unique dans les grandes villes. Elle le sont de moins en moins en fait.

Chez nous, le bus Québec-Montréal fait un arrêt au Terminus Longueuil. Juste avant d’arriver, juste l’autre bord du fleuve, juste à cinq minute de Montréal
en métro. Mais il requiert 30 minutes pour compléter le trajet en bus. Juste assez pour mélanger quelqu’un qui ne connaît pas l’endroit et le faire paniquer.

J’ai acheté un billet de train pour plus tard dans le voyage et justement le site m’offrait plusieurs terminaux de départ dans Zagreb. Comme je ne parle pas le Croate, j’ai dû faire une recherche pour m’assurer que j’achetais quelque chose qui partait de LA gare ferroviaire de Zagreb. Pas de le petit arrêt isolé de la civilisation. Je ne suis pas sûr à 100% de mon choix mais bon. J’irais faire du repérage la veille.

Quand le conducteur m’a dit “On va la à la gare”, j’ai accepté sa réponse, d’une généralité infinie, sûrement par faiblesse car je savais qu’il y avait un fort potentiel de magouille du style Terminus de Longueuil. Je peux me retrouver dans le chaos. Risquer de devoir établir un plan B dans un endroit où je ne parle pas la langue. Bah! La solution ultime est toujours la même…Tu te saignes en frais de taxi.

Je suis dans le bus immobilisé dans mon banc avec mon voisin. Je suis raide comme une barre en espérant que cela me rends plus petit. Depuis quand être raide est associé à petit? Anyway.

Après 5 minutes de trajet j’abandonne. Je dois relâcher mes muscles. J’expire pour commencer. Je relâche les épaules et j’enlève la tension dans mes cuisses. Je me décrispe. L’autre gars de son bord a sûrement déjà fait tout ce cheminement en décidant de s’assoir avec moi. C’est ainsi que nos cuisses se touchent pour la première fois. Peau à peau.

Désolé man! Je ne peux pas en faire plus. Nous avons 20-30 minutes à faire ensemble. C’est un coup à donner.

J’aime les trajets aéroport – hôtel. C’est le premier contact avec la ville. Je suis comme un enfant. J’ai la face dans la fenêtre et mes yeux parcourent le plus de terrains possible. J’ai une poigné de sac dans mon champs de vision pour cette fois-ci mais normalement je m’arrange pour avoir une bonne vue.

C’est toujours le même rituel. Je regarde les pubs, les édifices, les voitures, les arbres, les panneaux de signalisation verts, la qualité de l’asphalte, les fossés, etc. C’est comme un cours intensif. Plein d’informations me rentre dedans.

L’aspect publicité est super intéressant. Qu’est-ce qu’ils essaient de vendre? À quoi le consommateur s’intéresse t’il?

Ce trajet permet aussi de constater quel marque de commerce à traversé l’Atlantique avec toi. Tu regardes le prix de l’essence. Tu analyses la conduite automobile des gens. Tu compares encore et encore. Il y a tellement à regarder que j’en oublis la cuisse de mon voisin qui est accotée sur la mienne. La vue me fait oublier ce toucher.

Ma soeur m’a dit un jour que pour ses chorégraphies l’éclairage était the “name of the game” pour ses spectacles. C’est aussi important que d’avoir un bon “spacing”. Mon dieu que j’ai l’air de connaître cela.

J’ai appris dernièrement en côtoyant des collègues, en gossant des parodies de films et en discutant avec des retraités de la job que le “name of the game” en audiovisuel c’est le son.

Porter attention à l’ambiance sonore est primordiale. Si tu entends le silence ça ne marche pas. Imaginez le travail à faire pour un film d’animation qui n’a aucun son ambiant de capté lors du “tournage”.

Durant ce trajet d’introduction, les fenêtres du véhicule sont souvent ouvertes. Ainsi en même temps que je vois, je peux entendre le son de la ville. Le bruit du trafic et les klaxons. Il y a la radio qui crache des mots que tu ne comprends pas. Parfois elle crache du familier. Genre du Gun’s and Roses. Dans un shuttle bus tu entends les autres passagers parler dans leur langue et probablement commenter comment il y a gars qui a l’air con tout coincé devant eux.

Il est le temps pour ma cuisse de dire au revoir à sa nouvelle amie la cuisse du voisin. Nous arrivons à la gare que j’espère être celle au centre-ville de Zagreb.

Le gars quitte son banc. Instantanément je prends de l’expansion. Mes jambes se décollent. Mes bras relâchent la caresse de 30 minutes faites à mon sac à dos. Je déplis le reste de mon corps et glisse vers l’ex-banc du voisin. Victoire, mes jambes atteignent l’allée et je me lève. Je suis enfin libre. Je m’habille de mon infinité de sacs et récupère ma valise.

Premier contact visuel avec la gare. Cela n’a pas l’ampleur d’une gare central. Suis-je au Longueuil de Zagreb? J’entre dans ce qui semble être une mini salle d’attente. Je ne sais pas trop. Je tourne sur moi-même. Continuer? Rebrousser chemin? Continuer? Je décide de poursuivre et d’emprunter la porte opposée qui semble mener nulle part.

Je la traverse pour réaliser que cela m’amène dehors. Je vois une longue allée avec des kiosques, commerces et une série de terrasses. J’arpente un peu. Ça fourmille de backpackers et il y a une nué d’autobus derrière l’allée à droite.

Je vois plein de voyageurs, J’entends plein de langage. La vigueur du soleil fait ruisseler de la sueur sur mon front dénudé. Je touche mon crâne avec mes mains qui servent de squidgy pour en retirer l’eau salée. Avec la présence des terasses ça sent le gars qui va en conquérir une et goûter une bière locale. “Welcome to downtown Zagreb” que je me dis. Faudrait bien que j’utilise la parole bientôt…